
Laurent LARODE- NOU KA SONJE YO
FiLs du céLèbre batteur et chanteur Ernest Larode, Laurent Larode qui naît à Fort de France en 1937, est très vite mis au contact du monde musical. Certains soir, avec ses soeurs, il apprend ses Leçons en chantonnant. Malheureusement instruite par son experience avec son père, sou vent absent de La cellule familiale, la mère de Laurent refuse a son fils un avenir musical. Sauf peut être s'il s'agit de musique classique, et donc d'une possibiLité de s'élever dans l'échelle sociale des valeurs occidentales. Mais gagné par Ie virus de la musique, et soutenu par son père, Ie jeune Laurent persévère, tout en effectuant une très bonne scolarite. Talentueux, il remporte à douze ans Ie premier prix d'un concours de la chanson créole, a Terres-Sainville a Fort de France. il rejoint alors Le groupe folklorique martiniquais, et par la-même son pere, dont il renforce I' equipe de chanteurs. Ce passage dans le groupe sera pour Ie jeune Laurent L'occasion d'un excellent apprentissage musical. Alo
FiLs du céLèbre batteur et chanteur Ernest Larode, Laurent Larode qui naît à Fort de France en 1937, est très vite mis au contact du monde musical. Certains soir, avec ses soeurs, il apprend ses Leçons en chantonnant. Malheureusement instruite par son experience avec son père, sou vent absent de La cellule familiale, la mère de Laurent refuse a son fils un avenir musical. Sauf peut être s'il s'agit de musique classique, et donc d'une possibiLité de s'élever dans l'échelle sociale des valeurs occidentales. Mais gagné par Ie virus de la musique, et soutenu par son père, Ie jeune Laurent persévère, tout en effectuant une très bonne scolarite. Talentueux, il remporte à douze ans Ie premier prix d'un concours de la chanson créole, a Terres-Sainville a Fort de France. il rejoint alors Le groupe folklorique martiniquais, et par la-même son pere, dont il renforce I' equipe de chanteurs. Ce passage dans le groupe sera pour Ie jeune Laurent L'occasion d'un excellent apprentissage musical. Alo
rs qu'il est au lycée, il intègre la choraLe “Joie de Chanter”, et que dirige Paulette NardaL, et s'initie ainsi au negro-spiritual. II participe egalement a divers concours de chanson creéole avec des oeuvres d' Anderson Bagoé. à cette époque il est d'usage de retransmettre Ie dimanche matin tous Ies succès du carnaval, depuis un kiosque de La Savane, a Fort de France. En 1961, it rencontre l'auteur-compositeur Fernand Donatien, qui lui demande de devenir son interprete. C' est a ce moment que naît Ie tandem “Laurent Larode-Fernand Donatien”. Leur discographie temoigne de cette periode : “Est-ce ou songé”, “Faut déclaré”, “Vieux frè moin”, Sont quelques uns de leur enregistrements, regulièrement primés lors des différents concours de la Martiniqne. Evoluant toujours ensemble, les deux complices donneront naissance à l'orchestre STARDUST, qui fera danser toute la Martinique
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Laurent Larode : « J'ai nourri le patrimoine culturel de mon pays »
Entretien : Adams Kwateh et Mélinda Boulai France-Antilles Martinique 02.12.2009
(Fernand Bibas) Au début des années soixante, il a émergé sur la scène de la chanson grâce aux compositions de Fernand Donatien. Confession d'un homme discret.
Comment êtes-vous venu à la musique ?
J'ai été conçu dans un milieu où je n'avais pas d'autre issue que par la chanson. Mon père, Ernest Larode, jouait la batterie dans le groupe Harmony Kings avec les frères Charlery, Rio Sommier, entre autres. A l'époque, les orchestres étaient composés de nombreux musiciens. Des formations semblables aux big-bands. C'étaient d'excellents musiciens qui jouaient le jazz, la variété ou le fox, une musique venue des pays anglophones. Mon père chantait aussi. Il avait une très belle voix. J'ai eu la grande chance de baigner dans ce milieu depuis ma naissance. D'ailleurs, Sully Londas qui m'a vu grandir, avait dit une fois sur les antennes d'une radio : « Laurent Larode a chanté pour lui-même le jour de son baptême » . Preuve que je suis venu à la chanson très tôt.
Entretien : Adams Kwateh et Mélinda Boulai France-Antilles Martinique 02.12.2009
(Fernand Bibas) Au début des années soixante, il a émergé sur la scène de la chanson grâce aux compositions de Fernand Donatien. Confession d'un homme discret.
Comment êtes-vous venu à la musique ?
J'ai été conçu dans un milieu où je n'avais pas d'autre issue que par la chanson. Mon père, Ernest Larode, jouait la batterie dans le groupe Harmony Kings avec les frères Charlery, Rio Sommier, entre autres. A l'époque, les orchestres étaient composés de nombreux musiciens. Des formations semblables aux big-bands. C'étaient d'excellents musiciens qui jouaient le jazz, la variété ou le fox, une musique venue des pays anglophones. Mon père chantait aussi. Il avait une très belle voix. J'ai eu la grande chance de baigner dans ce milieu depuis ma naissance. D'ailleurs, Sully Londas qui m'a vu grandir, avait dit une fois sur les antennes d'une radio : « Laurent Larode a chanté pour lui-même le jour de son baptême » . Preuve que je suis venu à la chanson très tôt.
Vous êtes monté sur scène très tôt alors ?
A 14 ans, l'occasion m'avait été donnée de chanter au sein de la chorale de Paulette Nardal. Elle avait fondé une chorale qui interprétait des negro-spirituals. Pour la première fois, nous chantions en anglais. Quel épanouissement! Madame Nardal était cultivée, soucieuse de former les jeunes et de transmettre son savoir-faire. Elle nous a mis sur la voie. Dans son salon, situé rue Schoel- cher, le tambour cohabitait avec le piano. Les deux instruments avaient la même valeur pour elle. Elle nous a transmis cette double culture. Une grande dame qui avait eu les honneurs du monde entier. Je lui dois beaucoup.Y avait-il d'autres conditions qui ont favorisé votre épanouissement artistique ?
Nous pratiquions beaucoup de sports : football, volley-ball et d'autres disciplines. Le quotidien pour nous était partagé entre les activités sportives et les créations artistiques. Le but était clair pour chacun de nous : atteindre un développement tout à fait naturel et harmonieux.Nous nous retrouvions également dans des compétitions culturelles, par exemple les concours de la chanson créole. Mes premiers succès sont venus de là, alors que j'étais encore au lycée.Vous aviez fait la danse aussi...
Oui! Le groupe folklorique de la Martinique m'a accueilli très tôt en son sein. Là aussi, les aînés nous ont accompagnés et facilité le travail. Cette formation était un conservatoire, au sens pratique du terme. Car nous y étions formés à la danse, au chant et au théâtre. Nous étions valorisés pour notre capacité à interpréter le répertoire de notre pays, notamment la mazurka qu'il fallait savoir bien danser et chanter.L'expression culturelle était présente partout ?
Il y avait la fête spontanément sur toutes les places publiques. Nous chantions sérénades et aubades lors des anniversaires ou de diverses célébrations. Je dirais que la ville de Fort-de-France était une grande scène où les gens rivalisaient en écriture de chanson. Tout incitait la jeunesse à la polyvalence. Par exemple, avec Paulette Nardal, nous assurions nous-mêmes la décoration du Ciné-théâtre. On vendait les billets aussi. En résumé, l'organisation du spectacle nous revenait de bout en bout.J'ai hérité d'un bon bagage culturel, car ma carrière a été faite de multiples rencontres les unes plus importantes que les autres. Je peux citer Anderson Bagoé, Franck Donatien ou l'Américain Ronne Aul. Avec lui, j'ai fait du théâtre dans un spectacle monté par ce grand chorégraphe qui avait apporté un souffle nouveau à notre folklore. Grâce à lui, nous avons joué « L'île heureuse » au Palais des congrès à Paris.
(Fernand Bibas)Vous étiez aussi enseignant...
L'enseignement m'a ouvert des portes, car je ne pouvais pas vivre de la musique. Je me réjouis d'avoir pu cheminer entre l'enseignement et l'art. J'ai commencé à enseigner au Gros-Morne, à une époque où personne ne voulait aller en commune. Je ne regrette nullement cette expérience dans le milieu rural qui m'a formé au contact avec les autres. Et puis, les conditions dans lesquelles je travaillais étaient bonnes. C'était l'époque où les notions de solidarité et de valeurs familiales, étaient mises en avant. Le maître d'école enseignait le sens de la vie. En fait, je ne faisais que transmettre aux enfants ce que j'ai reçu moi-même durant ma scolarité.Cela dit, enseigner le jour et divertir le soir a dû être pesant ?
Je concevais tout cela comme une double transmission. aux plus jeunes enfants, j'enseignais les fondamentaux à savoir lire et écrire ; aux plus grands, j'interprétais les textes écrits par des hommes talentueux. C'était une double vocation valorisante pour moi et mon pays. Fernand Donatien a dit un jour : « Laurent a deux vécus » .Justement, vous avez popularisé ses textes...
Donatien était l'un des plus grands compositeurs de notre temps. Il est l'auteur de Es ou sonjè ? et Vyé Fwè mwen, deux morceaux qui m'ont propulsé, à l'issue d'un concours de la chanson créole au Ciné-théâtre. C'était au début des années 1960, une époque où il y avait une haute tension politique et sociale. Ces chansons traitaient justement des faits politiques.Comme beaucoup de jeunes de ma génération, je n'étais pas du tout politisé. La grande figure du militantisme était Léon Sainte-Rose qui enseignait déjà. D'ailleurs, les policiers sont venus l'arrêter devant ses élèves.Les textes politiques de Donatien n'ont pas eu de répercussion sociale ?
Ils sont très vite devenus une partie importante de notre répertoire. C'est la preuve qu'il y avait une réelle prise de conscience dans le pays. Les événements de l'OJAM illustraient parfaitement les tensions politiques et sociales qui existaient chez nous. Au moment où je chantais les textes de Donatien, la population vivait dans la crainte de nouveaux troubles. N'empêche, les textes avaient été repris par tous, comme des messages de ralliement. Aujourd'hui, ils font partie du patrimoine musical.Vous considériez-vous comme une vedette ?
Ce sont les autres qui décident du statut des hommes de scène. Pour ma part, je pense que j'ai nourri le patrimoine culturel de mon pays. C'est la mission que je m'étais fixée. Ainsi, tout en continuant à interpréter les compositions de Donatien, j'évoluais au sein de l'orchestre Stardust, avec lequel j'avais produit un disque. En même temps, je me produisais au Manoir avec l'orchestre de Barel Coppet et de Pierre Rassin. C'était un haut lieu de la diffusion culturelle. Le Manoir était notre seul cabaret à la couleur antillaise.Demanderiez-vous un devoir de mémoire pour les précurseurs de la musique martiniquaise ?
Je me réjouis de voir l'attachement des Martiniquais à perpétuer la mémoire de ceux qui ont oeuvré pour la valorisation de leur identité. Je pense à Aimé Césaire et tous les hommes de lettres et les créateurs martiniquais. Je suis fier aussi du respect que la population témoigne pour les chemins tracés par les grands noms de la musique. Cependant, je pense que pour mieux remplir le travail de mémoire, il faudra encore poursuivre avec acharnement la collecte et l'enregistrement de notre patrimoine musical.
(Fernand Bibas)Et que pensez-vous de l'évolution de notre musique ?
Je redeviens confiant après une longue période de doute. Finalement, je constate que tout n'est pas perdu. Il y a des compositions honorables qui font surface très souvent. Je suis aussi honoré de voir que de temps à autre, des compositeurs m'appellent pour demander mon avis sur des textes. C'est toujours un réel plaisir pour moi d'entendre de beaux textes écrits sur la Martinique. Sans être chauvin, ni complaisant, je pense que mes compatriotes sont à même de travailler pour leur pays. C'est d'autant plus important que nous traversons une époque difficile. Nous pouvons espérer le retour de la confiance, à la seule condition de savoir explorer toutes les pistes qui se présentent à nous.Vous êtes optimiste pour l'avenir ?
Il faut être optimiste, sinon c'est la chute. Dans la conjoncture actuelle, j'apprécie beaucoup la témérité d'Elie Domota. Cela me ramène à l'OJAM, c'est-à-dire l'époque où se présentait le besoin de transformer la société.Qu'auriez-vous fait si vous n'aviez pas fait la musique ?
Du sport. C'est un moyen de renforcer le mental dans un corps sain. C'est la raison pour laquelle, les danses de rue m'inspirent. Je trouve cette forme d'expression très généreuse.- IMAGE - L'enchantement sur scène
La voix de Laurent Larode a traversé la moitié du XXe siècle. Parmi les lieux célèbres qui ont accueilli ses prestations, il y a eu le Manoir, un temple de la musique où tous les grands de la musique se donnaient rendez-vous. Avec élégance, simplicité et calme, le chanteur entraînait le public dans les plus beaux registres de la mazurka créole.
(Fernand Bibas/archives France-Antilles)- PORTRAIT - Le beau timide et la bête... de scène
« Je n'ai jamais été très démonstratif, sauf quand il s'agit de chanter, alors là, c'est la transformation... » . Laurent Larode est un peu comme le « Dr Jekyl » , il cache une double personnalité. Lui si calme, si paisible, cache derrière cette grande serénité, une voix et une présence scénique extraordinaire.
Comment pouvait-il échapper à son destin ? Avec un père batteur et chanteur, le célèbre Ernest Larode, Laurent est contaminé par le virus de la musique dès son plus jeune âge. Son père adore, mais sa mère, elle, déteste : « Elle avait cela en horreur. C'est la musique qui faisait partir mon père, et voir son fils suivre le même chemin, ce n'était pas possible » , confie-t-il.
Mais Laurent aime chanter, du matin au soir, il pousse la chansonnette. À douze ans, il remporte le premier prix d'un concours de la chanson créole. Il rejoint ensuite le groupe folklorique martiniquais, et aussi le groupe de son père Harmony Kings. Sa voix est loin de laisser insensible, mais le jeune chanteur ne se doute pas une seconde du fabuleux destin qui l'attend.
« J'étais en seconde quand j'ai rencontré Paulette Nardal. Une dame merveilleuse. Cette grande dame a joué un grand rôle dans ma carrière musicale. Je lui dois beaucoup » expose-t-il.
Le regard qui s'illumine, il se met à fredonner une chanson : « Kan ou lwen, lwen, lwen la Matnik, kan ou an Fwans épi sé béké fwans la, an ni sonjé : an swè asou la wout balata, an ti boutik anba an pyé-mango... C'est un poème de Gilbert Gratiant qui a été mis en musique. Je l'ai chanté au son du tambour et accompagné au piano par Paulette elle-même » , lance-t-il fièrement. Et un ami de longue date de surenchérir : « C'est l'une des plus belles voix des Antilles » . Une voix qui a résonné aux quatre coins de la Martinique. Avec Anderson Bagoé dont il a interprété les morceaux, et surtout avec les oeuvres de Fernand Donatien avec lesquelles il a remporté un énorme succès.
Nous sommes en 1961. Laurent Larode a tout juste 24 ans quand Donatien lui propose de devenir son interprète. « Il m'a confié ses chansons tout naturellement. Il disait souvent de moi que j'avais un vécu quand je chantais. Comment expliquer cela ? J'avais l'impression qu'il composait pour moi, ses chansons me parlaient, je sentais les choses au fond de moi » , explique-t-il.
Le tandem Donatien-Larode venait de voir le jour. Et le succès qu'on leur connaît avec les tubes : « Vié frè mwen » , « Es ou sonjé » , « Faut déclarer » ... À chaque fois que le jeune Larode se produisait sur scène, c'était l'euphorie. « Les gens m'arrêtaient dans la rue pour me demander des autographes » . Un succès dont il ne se laissera jamais griser. Le Ciné théatre, le Manoir... Autant de scènes que le chanteur foulera et comblera de bonheur.
À cette époque, pas question de vivre de la chanson. Alors Laurent conjugue les études et la musique. Élève studieux et passionné, il décide tout naturellement d'embrasser la carrière d'enseignant. « Il était un professeur sévère, mais juste » , se rappelle l'une de ses élèves de Morne-Capot. De monsieur Larode, tout le monde garde un bon souvenir : « un homme passionné, attentif, soucieux de la réussite de ses élèves, qui transmettait en plus du savoir, la morale » . Instituteur dans les campagnes reculées de la Martinique, il s'investira totalement envers les élèves en difficulté. Sans jamais négliger la chanson.
Larode interprète les compostitions de Claude Confiant. II anime aussi les soirées du cabaret « le Manoir » , que dirige le tromboniste Pierre Rassin, aux côtés de Paul Julvecourt et de Barel Coppet. Sa popularité ne cesse de grimper en flèche. Auteur, il l'est également. Mais trop timide pour publier ses oeuvres et les faire écouter. Jusqu'à ce jour, personne ne les a vues.
Depuis plus de quinze ans maintenant, Laurent Larode vit loin des projecteurs. Il a quitté son Fort-de-France natal pour une campagne paisible à Rivière-Salée, où il s'est installé. La ville, et la fête lui manquent. Mais les souvenirs de cette belle époque restent bien vivaces.- BIO-EXPRESS
Il naît le 2 mai 1937 à Fort-de-France.
En 1942, il entre à l'école primaire La Maîtrise à Fort-de-France, puis au cours complémentaire aux Terres-Sainville. En 1953 : entrée au Lycée Schoelcher.
A 14 ans, il chante des negro-spirituals dans la chorale fondée par Paulette Nardal. A 17 ans, il reçoit pour la première fois, le Prix de la chanson créole avec des textes de Fernand Donatien.
En 1963, il se produit au Palais des congrès à Paris.
En 1954, il devient enseignant dans le primaire, puis au collège où il est spécialisé dans le suivi des élèves en difficulté scolaire.
En 1997, il prend sa retraite de l'Education nationale.
A 14 ans, l'occasion m'avait été donnée de chanter au sein de la chorale de Paulette Nardal. Elle avait fondé une chorale qui interprétait des negro-spirituals. Pour la première fois, nous chantions en anglais. Quel épanouissement! Madame Nardal était cultivée, soucieuse de former les jeunes et de transmettre son savoir-faire. Elle nous a mis sur la voie. Dans son salon, situé rue Schoel- cher, le tambour cohabitait avec le piano. Les deux instruments avaient la même valeur pour elle. Elle nous a transmis cette double culture. Une grande dame qui avait eu les honneurs du monde entier. Je lui dois beaucoup.Y avait-il d'autres conditions qui ont favorisé votre épanouissement artistique ?
Nous pratiquions beaucoup de sports : football, volley-ball et d'autres disciplines. Le quotidien pour nous était partagé entre les activités sportives et les créations artistiques. Le but était clair pour chacun de nous : atteindre un développement tout à fait naturel et harmonieux.Nous nous retrouvions également dans des compétitions culturelles, par exemple les concours de la chanson créole. Mes premiers succès sont venus de là, alors que j'étais encore au lycée.Vous aviez fait la danse aussi...
Oui! Le groupe folklorique de la Martinique m'a accueilli très tôt en son sein. Là aussi, les aînés nous ont accompagnés et facilité le travail. Cette formation était un conservatoire, au sens pratique du terme. Car nous y étions formés à la danse, au chant et au théâtre. Nous étions valorisés pour notre capacité à interpréter le répertoire de notre pays, notamment la mazurka qu'il fallait savoir bien danser et chanter.L'expression culturelle était présente partout ?
Il y avait la fête spontanément sur toutes les places publiques. Nous chantions sérénades et aubades lors des anniversaires ou de diverses célébrations. Je dirais que la ville de Fort-de-France était une grande scène où les gens rivalisaient en écriture de chanson. Tout incitait la jeunesse à la polyvalence. Par exemple, avec Paulette Nardal, nous assurions nous-mêmes la décoration du Ciné-théâtre. On vendait les billets aussi. En résumé, l'organisation du spectacle nous revenait de bout en bout.J'ai hérité d'un bon bagage culturel, car ma carrière a été faite de multiples rencontres les unes plus importantes que les autres. Je peux citer Anderson Bagoé, Franck Donatien ou l'Américain Ronne Aul. Avec lui, j'ai fait du théâtre dans un spectacle monté par ce grand chorégraphe qui avait apporté un souffle nouveau à notre folklore. Grâce à lui, nous avons joué « L'île heureuse » au Palais des congrès à Paris.
(Fernand Bibas)Vous étiez aussi enseignant...
L'enseignement m'a ouvert des portes, car je ne pouvais pas vivre de la musique. Je me réjouis d'avoir pu cheminer entre l'enseignement et l'art. J'ai commencé à enseigner au Gros-Morne, à une époque où personne ne voulait aller en commune. Je ne regrette nullement cette expérience dans le milieu rural qui m'a formé au contact avec les autres. Et puis, les conditions dans lesquelles je travaillais étaient bonnes. C'était l'époque où les notions de solidarité et de valeurs familiales, étaient mises en avant. Le maître d'école enseignait le sens de la vie. En fait, je ne faisais que transmettre aux enfants ce que j'ai reçu moi-même durant ma scolarité.Cela dit, enseigner le jour et divertir le soir a dû être pesant ?
Je concevais tout cela comme une double transmission. aux plus jeunes enfants, j'enseignais les fondamentaux à savoir lire et écrire ; aux plus grands, j'interprétais les textes écrits par des hommes talentueux. C'était une double vocation valorisante pour moi et mon pays. Fernand Donatien a dit un jour : « Laurent a deux vécus » .Justement, vous avez popularisé ses textes...
Donatien était l'un des plus grands compositeurs de notre temps. Il est l'auteur de Es ou sonjè ? et Vyé Fwè mwen, deux morceaux qui m'ont propulsé, à l'issue d'un concours de la chanson créole au Ciné-théâtre. C'était au début des années 1960, une époque où il y avait une haute tension politique et sociale. Ces chansons traitaient justement des faits politiques.Comme beaucoup de jeunes de ma génération, je n'étais pas du tout politisé. La grande figure du militantisme était Léon Sainte-Rose qui enseignait déjà. D'ailleurs, les policiers sont venus l'arrêter devant ses élèves.Les textes politiques de Donatien n'ont pas eu de répercussion sociale ?
Ils sont très vite devenus une partie importante de notre répertoire. C'est la preuve qu'il y avait une réelle prise de conscience dans le pays. Les événements de l'OJAM illustraient parfaitement les tensions politiques et sociales qui existaient chez nous. Au moment où je chantais les textes de Donatien, la population vivait dans la crainte de nouveaux troubles. N'empêche, les textes avaient été repris par tous, comme des messages de ralliement. Aujourd'hui, ils font partie du patrimoine musical.Vous considériez-vous comme une vedette ?
Ce sont les autres qui décident du statut des hommes de scène. Pour ma part, je pense que j'ai nourri le patrimoine culturel de mon pays. C'est la mission que je m'étais fixée. Ainsi, tout en continuant à interpréter les compositions de Donatien, j'évoluais au sein de l'orchestre Stardust, avec lequel j'avais produit un disque. En même temps, je me produisais au Manoir avec l'orchestre de Barel Coppet et de Pierre Rassin. C'était un haut lieu de la diffusion culturelle. Le Manoir était notre seul cabaret à la couleur antillaise.Demanderiez-vous un devoir de mémoire pour les précurseurs de la musique martiniquaise ?
Je me réjouis de voir l'attachement des Martiniquais à perpétuer la mémoire de ceux qui ont oeuvré pour la valorisation de leur identité. Je pense à Aimé Césaire et tous les hommes de lettres et les créateurs martiniquais. Je suis fier aussi du respect que la population témoigne pour les chemins tracés par les grands noms de la musique. Cependant, je pense que pour mieux remplir le travail de mémoire, il faudra encore poursuivre avec acharnement la collecte et l'enregistrement de notre patrimoine musical.
(Fernand Bibas)Et que pensez-vous de l'évolution de notre musique ?
Je redeviens confiant après une longue période de doute. Finalement, je constate que tout n'est pas perdu. Il y a des compositions honorables qui font surface très souvent. Je suis aussi honoré de voir que de temps à autre, des compositeurs m'appellent pour demander mon avis sur des textes. C'est toujours un réel plaisir pour moi d'entendre de beaux textes écrits sur la Martinique. Sans être chauvin, ni complaisant, je pense que mes compatriotes sont à même de travailler pour leur pays. C'est d'autant plus important que nous traversons une époque difficile. Nous pouvons espérer le retour de la confiance, à la seule condition de savoir explorer toutes les pistes qui se présentent à nous.Vous êtes optimiste pour l'avenir ?
Il faut être optimiste, sinon c'est la chute. Dans la conjoncture actuelle, j'apprécie beaucoup la témérité d'Elie Domota. Cela me ramène à l'OJAM, c'est-à-dire l'époque où se présentait le besoin de transformer la société.Qu'auriez-vous fait si vous n'aviez pas fait la musique ?
Du sport. C'est un moyen de renforcer le mental dans un corps sain. C'est la raison pour laquelle, les danses de rue m'inspirent. Je trouve cette forme d'expression très généreuse.- IMAGE - L'enchantement sur scène
La voix de Laurent Larode a traversé la moitié du XXe siècle. Parmi les lieux célèbres qui ont accueilli ses prestations, il y a eu le Manoir, un temple de la musique où tous les grands de la musique se donnaient rendez-vous. Avec élégance, simplicité et calme, le chanteur entraînait le public dans les plus beaux registres de la mazurka créole.
(Fernand Bibas/archives France-Antilles)- PORTRAIT - Le beau timide et la bête... de scène
« Je n'ai jamais été très démonstratif, sauf quand il s'agit de chanter, alors là, c'est la transformation... » . Laurent Larode est un peu comme le « Dr Jekyl » , il cache une double personnalité. Lui si calme, si paisible, cache derrière cette grande serénité, une voix et une présence scénique extraordinaire.
Comment pouvait-il échapper à son destin ? Avec un père batteur et chanteur, le célèbre Ernest Larode, Laurent est contaminé par le virus de la musique dès son plus jeune âge. Son père adore, mais sa mère, elle, déteste : « Elle avait cela en horreur. C'est la musique qui faisait partir mon père, et voir son fils suivre le même chemin, ce n'était pas possible » , confie-t-il.
Mais Laurent aime chanter, du matin au soir, il pousse la chansonnette. À douze ans, il remporte le premier prix d'un concours de la chanson créole. Il rejoint ensuite le groupe folklorique martiniquais, et aussi le groupe de son père Harmony Kings. Sa voix est loin de laisser insensible, mais le jeune chanteur ne se doute pas une seconde du fabuleux destin qui l'attend.
« J'étais en seconde quand j'ai rencontré Paulette Nardal. Une dame merveilleuse. Cette grande dame a joué un grand rôle dans ma carrière musicale. Je lui dois beaucoup » expose-t-il.
Le regard qui s'illumine, il se met à fredonner une chanson : « Kan ou lwen, lwen, lwen la Matnik, kan ou an Fwans épi sé béké fwans la, an ni sonjé : an swè asou la wout balata, an ti boutik anba an pyé-mango... C'est un poème de Gilbert Gratiant qui a été mis en musique. Je l'ai chanté au son du tambour et accompagné au piano par Paulette elle-même » , lance-t-il fièrement. Et un ami de longue date de surenchérir : « C'est l'une des plus belles voix des Antilles » . Une voix qui a résonné aux quatre coins de la Martinique. Avec Anderson Bagoé dont il a interprété les morceaux, et surtout avec les oeuvres de Fernand Donatien avec lesquelles il a remporté un énorme succès.
Nous sommes en 1961. Laurent Larode a tout juste 24 ans quand Donatien lui propose de devenir son interprète. « Il m'a confié ses chansons tout naturellement. Il disait souvent de moi que j'avais un vécu quand je chantais. Comment expliquer cela ? J'avais l'impression qu'il composait pour moi, ses chansons me parlaient, je sentais les choses au fond de moi » , explique-t-il.
Le tandem Donatien-Larode venait de voir le jour. Et le succès qu'on leur connaît avec les tubes : « Vié frè mwen » , « Es ou sonjé » , « Faut déclarer » ... À chaque fois que le jeune Larode se produisait sur scène, c'était l'euphorie. « Les gens m'arrêtaient dans la rue pour me demander des autographes » . Un succès dont il ne se laissera jamais griser. Le Ciné théatre, le Manoir... Autant de scènes que le chanteur foulera et comblera de bonheur.
À cette époque, pas question de vivre de la chanson. Alors Laurent conjugue les études et la musique. Élève studieux et passionné, il décide tout naturellement d'embrasser la carrière d'enseignant. « Il était un professeur sévère, mais juste » , se rappelle l'une de ses élèves de Morne-Capot. De monsieur Larode, tout le monde garde un bon souvenir : « un homme passionné, attentif, soucieux de la réussite de ses élèves, qui transmettait en plus du savoir, la morale » . Instituteur dans les campagnes reculées de la Martinique, il s'investira totalement envers les élèves en difficulté. Sans jamais négliger la chanson.
Larode interprète les compostitions de Claude Confiant. II anime aussi les soirées du cabaret « le Manoir » , que dirige le tromboniste Pierre Rassin, aux côtés de Paul Julvecourt et de Barel Coppet. Sa popularité ne cesse de grimper en flèche. Auteur, il l'est également. Mais trop timide pour publier ses oeuvres et les faire écouter. Jusqu'à ce jour, personne ne les a vues.
Depuis plus de quinze ans maintenant, Laurent Larode vit loin des projecteurs. Il a quitté son Fort-de-France natal pour une campagne paisible à Rivière-Salée, où il s'est installé. La ville, et la fête lui manquent. Mais les souvenirs de cette belle époque restent bien vivaces.- BIO-EXPRESS
Il naît le 2 mai 1937 à Fort-de-France.
En 1942, il entre à l'école primaire La Maîtrise à Fort-de-France, puis au cours complémentaire aux Terres-Sainville. En 1953 : entrée au Lycée Schoelcher.
A 14 ans, il chante des negro-spirituals dans la chorale fondée par Paulette Nardal. A 17 ans, il reçoit pour la première fois, le Prix de la chanson créole avec des textes de Fernand Donatien.
En 1963, il se produit au Palais des congrès à Paris.
En 1954, il devient enseignant dans le primaire, puis au collège où il est spécialisé dans le suivi des élèves en difficulté scolaire.
En 1997, il prend sa retraite de l'Education nationale.
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